Kant.

 

"Dès qu'il les possèdent quelque peu, les animaux usent de leurs forces régulièrement, c'est à dire de telle sorte qu'elles ne soient point nuisibles. Il est en effet bien curieux de voir comment, par exemple, de jeunes hirondelles, à peine sorties de l'œuf et encore aveugles, n'en savent pas moins s'arranger pour faire tomber leurs excréments en-dehors du nid. Les animaux n'ont donc pas besoin de soins; tout au plus leur faut-il la pâture, la chaleur, être guidés, une certaine protection. La plupart des animaux ont besoin d'être nourris, certes, ils n'ont pas besoin de soins. On entend par soin les précautions que prennent les parents pour éviter que les enfants ne fassent un usage nuisible de leurs forces. Et par exemple, si un animal devait, en venant au monde, crier comme le font les enfants, il deviendrait infailliblement la proie des loups et des autres bêtes sauvages, attirées par son cri.

La discipline transforme l'animalité en humanité. Par son instinct, un animal est déjà tout ce qu'il peut être; une raison étrangère a déjà pris soin de tout pour lui. Mais l'homme doit user de sa propre raison. Il n'a point d'instincts et doit se fixer lui-même le plan de sa conduite. Or puisqu'il n'est pas immédiatement capable de le faire, mais vient au monde pour ainsi dire à l'état brut, il faut que d'autres le fassent pour lui. Une génération éduque l'autre. "

Emmanuel Kant.

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Le texte de Kant s'ouvre sur un constat: si l'on s'attache à la nature animale, on se trouve immédiatement confronté à l'existence de l'instinct. On appelle instinct un savoir-faire ou un comportement inné qui vise la conservation de l'espèce. En toute occasion, il guide le comportement de telle sorte que l'animal fasse bon usage de ses forces. La perfection de l'instinct animal provoque souvent l'admiration et l'étonnement. Kant en donne d'ailleurs un exemple avec l'instinct de propreté des jeunes hirondelles qui, bien que n'ayant que quelques heures d'existence, sont capables de mettre en pratique sans aucun apprentissage ce savoir-faire. Grâce à ses instincts, l'animal est très vite paré pour vivre. En conséquence il n'a nullement besoin de soins. Il a certes besoin de ses parents pour assurer sa nutrition et sa protection tant que ses forces physiques ne lui permettent pas de le faire. Cependant sa nature ne recèle aucune tendance nuisible à sa conservation. Ce qui n'est pas le cas chez l'enfant. Les soins de parents consistent donc à surveiller chez l'enfant un mauvais usage de ses forces et de ses tendances (opposées à instinct) car a priori rien ne l'incite à agir d'une façon ou d'une autre. L'instinct animal prémunit celui-ci contre les dangers. Ainsi les naissance dans la nature sont silencieuses, alors que le nourrisson pleure. Ces pleurs à l'état de nature suffiraient à compromettre sa survie. Face à cette nature animale, comment se caractérise celle de l'homme? Elle est inachevée et dépendant d'autrui pour s'épanouir. L'homme a besoin d'une éducation et ne peut parvenir à maturité que grâce au milieu social. La discipline transforme l'animalité en humanité. Il s'agit de réprimer et d'aller à l'encontre de certaines tendances. Elle est nécessaire car toutes les tendance de l'homme ne sont pas obligatoirement compatibles avec sa survie. C'est en cela que réside la grande différence entre nature humaine et animale. Le comportement animal est pré guidé par la nature qui se substitue chez lui par la raison. La nature animale est par conséquent achevée et close. Au contraire la nature humaine, ouverte et inachevée, qui pourrait constituer un handicap, permet à l'homme de tout devenir; elle est sa chance. (perfectibilité.)

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